La cinquième saison

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L’instinct breton du ciel
Force les horizons
À l’angle des chemins
Aux matins parfumés.

Puis les vagues
Ressassent par cœur

Le courant de la vie.
Sous une voûte anthracite,

Le rayon frappe la vasière
Indiquant aux ailés

L’heure du déjeuner.
Puits de lumière.


Enterre bretonne

Souillée, écorchée,
Âme sous terre.
Entre ! mer, dans ce sable
Entre ! vent, dans ce bocage.
Et pleurent les yeux
Et tremblent les narines.

Ventre de mon enfance
En haillons, dépenaillé.
L’odeur d’une lessive étendue
Rejoint celle du bronzage dos nu.
L’écœurement n’est jamais loin
Aux portes du besoin.

L’hermite monte péniblement
Le long de la trace humaine,
Laissée par la marée à l’estran,
Les questions en peine.

Ô Guillevic, reste sensible

Le long du chemin d’amour.
Surtout ne te retourne pas
Sur ta Bretagne endolorie
Par les vautours.


Insoumises écorchures du temps
Sur le sentier brut au vent ;
Ton aménagement ne ménage rien,
Sûre, tu souris au présage
De la tempête qui s’en vient.

Triomphe de la Nature
Face aux croyances ivres de soi
Face aux angoisses de n’être rien
Qu’un grain de sable
Sur un bout de bois.

Pluie de plaintes impatientes
Au retour du dieu Râ,
Les rapaces ne sont pas toujours
Ceux que l’on croit.
Mystère de la propriété.


L’inquiet prend le galet à témoin
Le soulève d’une seule main
Le repose fébrile,
Le mal est ailleurs,

Dans la chaleur du goémon
Qui transpire à chaque lune
Quand les méandres éclairent
La joie du mal-être,

Rencontre avec l’orgueil
Éveil dans l’œil
D
e la mouette voisine
Qui te prend pour cuisine,
Relativité.


Si tu es à l’aise avec une rime
Ne te retiens pas.
D’ailleurs, ne te retiens jamais
D’estimer ta vie,
Là où tu foules ton propre pas.
La leçon est si éphémère.

Si tu es heureux sur ton rocher
Ne te retiens pas
De pleurer
à cœur joie,
La mer nettoie et oublie.
Toi aussi.


Indicible odeur du sable
Prévisible odeur des âmes
Mais ton odeur, ô ma Bretagne
Suis le tapis du vent
Qui embrasse la dune
Par-delà les fougères
Où le lapin se terre.

Ce pin abrite ma quête
Jusqu’au prochain matin.


Le printemps définit l’espoir
Au détour d’une rose éclose,
Friche. Trajectoire.
Le froid suspendu
Se cache dans l’œuvre du matin
Entre deux nuages de grains,
Et deux coups de chiffon.
Le musée vivant
Ne s’oublie jamais.


Sans une vision, le rocher
n’est que roche.
Mais ton regard soudain
accompagne les sens,
de similitude.
c’est la vie qui érode
c’est le vent qui ride,
le cul mouillé
d’avoir trop rêvé.


La mer chante et déchante.
Mets ton châle, il fait frais
Ce soir de lune.
Les menhirs attendent
Que la brume se lève
Pour dire bonjour.
C’est tout ce qui compte.


La plage a changé de visage
Sous la volonté humaine
De la rendre fréquentable.
Hérésie.


Corps déliés de la Nature,
Foulent le sable retourné :
Jours de villégiature.
Partout, endommagent.


 

De racines de sable sous-marines
En radeau errant de pointe en pointe,
je ne me me cherche plus ;
L’évidence soule bien moins que le vin.
Pensée fugace du regard
Sur le trou d’eau isolé
Je ne cherche plus
Plus rien que l’instant de l’espace.



Le varech à découvert chante
Sous les pieds de l’aventurier.
Est-ce le son de l’énergie
Qui vient recouvrir la survie
De la nuit ?


Des cormorans en forme de croix
Dessinent la patience nécessaire.


La lande a le goût du vent
Sous l’œil de la lune noire,
Balayant d’un revers de mystère
Les angoisses transitoires.


La faune ignore l’histoire
Qui rouille au pied de l’Atlantique.
D’un matin à l’autre
Sa survie est toute sa vie.



Marchant contre le temps
Comme un tapis d’épines de pin,
Le matin brode son destin.


Le galet n’attend personne
pour rouler sa bosse.
Tu n’as rien entendu,
tu dormais sous le vent.

Enterre bretonne © 2016
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